Islam de Dieu, islams des hommes

Publié le 27 février 2026 à 07:17

L’Islam a été institué par le Coran qui l’évoque dans six versets, dans sa forme simple.

L’Islam est « voie de Dieu » (3,19), « quiconque opterait une autre voie que l’Islam ne verrait pas son choix agréé et serait dans la vie dernière parmi les perdants » (3,61). Dans la sourate 5, Dieu affirme avoir « rendu parfaite votre voie (celle des croyants musulmans), parachevé sur eux son bienfait, et agréer l’Islam comme voie pour eux » (5,3). Il fait de la réceptivité à l’Islam le gage de la guidance et de la lumière divines : « Celui que Dieu veut guider, Il le rend réceptif à l’Islam (lit. Il détend sa poitrine) » (6,125), « Qui Dieu a rendu réceptif à l’Islam est sur une lumière de Son Seigneur » (39,22), tandis qu’est qualifié d’injuste, non-méritant de la guidance divine « celui qui ment au sujet de Dieu, tandis qu’on l’invite à l’Islam » (61,7).

 

Dans deux autres versets, le terme Islam est mentionné avec un adjectif possessif comme suffixe, parlant alors d’islams particuliers aux groupes mentionnés, à savoir ceux qui ont renoncé à l’Islam après s’être convertis, et ceux qui se vantaient de leur conversion encore fraîche et dont la sincérité restait à démontrer :

« Ils jurent par Dieu qu’ils n’ont rien dit, alors qu’ils ont bien prononcé une parole de rejet, et qu’ils ont renié après leur-islam (islamouhoum) » (9,74), « ils se vantent auprès de toi de s’être islamisés, dis-leur, ne me vantez pas votre-islam » (49,17).

Le tiret ajouté ici en dépit des règles du français, sert à mettre en exergue la tournure arabe, d’attribution de l’islam à des groupes donné. Il y a dont l’Islam comme « voie de Dieu », et « votre islam », « leur islam », pour évoquer la mise en pratique de ce concept Divin, par des humains.

 

Il y a donc Islam de Dieu, et islams des hommes, suivant leur degré de compréhension et de bonne pratique de ceux qui s’en réclament. Or ces islams individuels ne sont agréés de Dieu, que dans la mesure où ils reflètent la volonté Divine. Ces islams humains, ces compréhensions et pratiques de l’Islam agréé de Dieu peuvent être bons ou mauvais. Va dans ce sens cette parole du Prophète, paix sur lui : « parmi les signes du bon-islam d’un individu est le fait de ne pas s’occuper de ce qui ne nous regarde pas » (Rapporté par Al Tirmidhi). Il y a donc bon-islam ici, dans le respect d’une certaine éthique, et logiquement à l’inverse mauvais-islam dans l’abandon de celle-ci.

L’Islam de Dieu, en tant que voie d’élévation et d’illumination est nécessairement bon, tandis que ramenés aux individus qui s’en réclament, il devient plus ou moins bon ou mauvais, selon ce que ces individus en font.

Nous pouvons alors affirmer que l’islam en tant que réalité sociologique ou politique est le reflet des actes des musulmans.

Donc, lorsque l’individu affirme ou nie que « l’islam est en crise », « puisse être en crise » ou rejette même cette possibilité, , comme dans ce débat suivant le meurtre et l’assassinat de Samuel Paty, entre Emmanuel Macro, et le président turc, Erogan,il faut d’abord comprendre à quel niveau il se place : parle-t-on de l’Islam comme « Voie/concept Divin », ou bien de « l’islam-humain », l’islam des divers groupes musulmans ?

Le problème étant que, les musulmans d’ascendance musulmane portent eux-mêmes cet amalgame, et sont totalement incapables, dans la plupart des cas, de distinguer ces deux pendant Divin et humain, Révélé et historique de l’islam message et islam religion.

Pour eux, remettre en question le processus de construction de la religion revient à remettre en cause le message lui-même. Discuter ce processus reviendrait à discuter de la perfection de Dieu.

Il y a de plus un glissement exégétique pervers qui consiste à reprendre les versets évoquant l’islam révélé, cet islam « état d’être » pour l’appliquer à la religion construire et établie comme institution au IIIè siècle de l’Hégire.

Entre dans cette catégorie le fameux verset :

« Aujourd’hui J’ai parachevé pour vous votre chemin (dine), parfait sur vous Mon bienfait, et agrée l’islam comme voie (dine) pour vous » (5,3)

« C’est Lui qui a envoyé son messager avec la guidée et la voie/religion vraie pour lui donner le dessus sur toutes les autres voies / religion » (9,33)

« Quiconque emprunte une autre voie que celle de l’islam ne sera pas agréé » (3,85)

 

De quel islam parle-t-on dans ces versets ? De l’islam comme une manière de vivre sa relation à Dieu ? Comme de l’islam avec la forme enseignée par le Prophète Mohammad et par le Coran ? Ou bien de l’islam sunnite, chiite, mutazilite ou soufi ? de l’islam acharite, maturidite, ou salafiste ? de l’islam malikite, shafiite, ou hanbalite ?

Cette incapacité ou ce refus catégorique des musulmans de distinguer entre le message et son prolongement, entre l’islam prophétique et l’islam historique, pour vouloir faire des deux un tout indissociable et appliquer aux développements postérieurs au Prophète les versets coraniques sus-cités, est un non-sens dangereux, à l’origine du déclin progressif des musulmans depuis 10 siècles environ, et de la crise multiforme actuelle et son lot de guerres et de violences.

Le message conserve sa beauté, son agilité, sa vitalité et son utilité : il demeure un moyen pour l’homme de connaître Dieu et de cheminer vers lui.

L’islam religion est devenu une entité complexe, compliquée, « presqu’opaque », comme le dit le Cheikh Khaled Bentounes, étouffant la lumière du message.

Tous les développements intellectuels et civilisationnels de l’islam-religion ne sont pas mauvais, ils ne sont pas ténèbres loin de là. Mais comme disait l’imam Malik, il y a chez tous les hommes à prendre et à laisser après le Prophète.

Tout le problème consiste en la sacralisation par couches successives d’avis, d’école, d’épisodes historiques, de compilations d’écrits, d’exégèses, contenant du bon et du mauvais, du bon pour une époque, mais pas pour une autre. C’est de tous ces carcans et ses fardeaux que l’islam-message était venu libérer les adeptes des religions du livre.