L’islam : voie de pacification
« Ô hommes, propagez la paix... », c’est avec des mots que, d’après Ibn Salam, alors rabbin de la communauté juive de Yathrib, Mohammad, prophète fuyant sa patrie natale de la Mecque, s’est présenté aux habitants de la cité qui s’apprêtait à l’accueillir.
Le terme / concept « islam » se décline dans la langue arabe et dans le Coran. Il donne notamment le verbe « aslama » que les traducteurs aiment traduire par le terme de « se soumettre », influencés par l’exégèse classique et ses sponsors politiques avides de la soumission des sujets de l’empire.
Pourtant ce verbe n’a pas en arabe de forme réfléchie (istaslama) qui pourrait donner cette idée de « se soumettre ». Du point de vue de l’étymologie le mot « islam » est construit sur la racine « SLM » qui signifie... la paix.
Aslama, l’action d’embrasser l’islam, de se convertir, de s’islamiser, signifierait plutôt que de « se soumettre », « faire la paix », « mettre sa personne (aslama wahjhou) en paix ».
Le muslim est donc l’individu pacifié, pacifique, pacifiste, qui a fait acte de paix avec son Créateur et avec sa création.
Il ne s’agit pas d’être héritier passif d’une tradition juive, chrétienne, ou même musulmane, en se disant juif, chrétien ou musulman, mais bien de faire le choix actif de cette paix :
« Ils prétendent que seuls les juifs ou seuls les chrétiens entreront au paradis. Telles sont leurs chimères ! Demande-leur des preuves de ce qu’ils avancent, s’ils disent la vérité. Que non, seuls ceux qui se mettent en paix avec Dieu... » (2,111-112)
Ce dernier verset contredirait tout autant une exégèse qui voudrait faire des seuls musulmans, muslimin dans la tournure passive, les élus du paradis, le verset employant ici, une tournure active (aslama), indiquant une action choisie, délibérée, non héritée ou figée, et sans cesse renouvelée.
Cette adhésion consciente doit se traduire naturellement par le bel-agir qui est son pendant :
« Que oui, qui fait la paix avec Dieu, en étant bienfaisant, aura sa récompense auprès de son Seigneur, et ne connaîtra ni peur ni tristesse » (2,112)
« Qui suit une voie meilleure que celui qui a fait la paix avec Dieu, tout en étant bienfaisant » (4,125)
Or ce concept a cela de révolutionnaire, qu’il trouve ses racines dans l’histoire de la foi, et même dans la cosmologie générale selon le Coran. L’Islam n’est pas le propre d’une communauté, et ne démarre pas avec l’apostolat de Mohammad, le Prophète.
Non, dit le Coran, ce concept préexistait à la révélation coranique. L’Islam comme état d’esprit, comme manière d’être, comme relation à Dieu et au monde, était déjà la voie des anciens prophètes, y compris d’autres familles religieuses.
Ainsi, le patriarche Abraham répond à l’ordre divin en disant : « Je me mets en paix avec le Seigneur des Mondes » (2,131), et « les prophètes juifs se mirent en paix (aslamou) sur la base la Torah révélée par Dieu comme guidance et lumière », mais aussi « les grands-prêtres et les rabbins, sur la base de ce qu’ils avaient retenu du livre Divin » (5,44) sous-entendant d’ailleurs ici une différence entre l’Islam Divin des prophètes, et celui humain des rabbins, conditionné à leur degré d’entendement du message initial.
La reine de Saba aussi, adopte cette Voie, qui est celle du roi Salomon :
« Seigneur, j’étais injuste envers moi-même, et je me mets en paix, avec Solomon, vis-à-vis de Dieu Seigneur des univers » (28,44)
Enfin, l’Islam n’est même pas seulement le dénominateur commun des croyants monothéistes à travers les siècles, plus que cela, il constitue la voie naturelle et universelle, suivie par l’ensemble des éléments du cosmos :
« Désireraient-ils une autre voie que celle de Dieu, alors que sont en paix avec Lui, tous ceux qui peuplent les cieux et la Terre, bon gré, mal gré, et retourneront tous à Lui » (3,83).
Ce dernier verset est le seul à distinguer deux manière « d’être en paix » avec Dieu, bon gré ou mal gré, autorisant alors d’être traduit par « soumission » l’état imposé aux corps physiques, puisque tous sans exception sont astreints aux lois que Dieu a fixé pour régir l’univers. Reste aux être doués de conscience de faire le choix, bon gré, de mettre leur esprit en paix avec Dieu.
Ces versets et d’autres, rendus toute ou partie invalides ou abrogés par les exégètes musulmans, ont pourtant une portée révolutionnaire, dans leur dimension œcuménique d’une part, et universelle d’autre part.
Ces versets lient le croyant, qui a fait le choix de la paix avec Dieu, aux racines de l’histoire de la foi, mais aussi à l’ensemble du cosmos. Tous suivent la même Voie, chacun avec ses propres modalités, chacun dans une forme propre, mais dans un même état d’esprit, convergent vers un même centre, en orbite autour d’un même astre, avec des vitesses et des trajectoires différentes.
Le croyant musulman accomplissant comme il se doit la prière que lui réclame le Coran, et le reste des commandements, est alors dans le même état d’esprit que les prophètes d’Israël qui vivaient selon les commandements de la Torah, que les premiers chrétiens qui observaient l’Évangile, mais également dans la même dynamique que les étoiles, les atomes, les végétaux et les minéraux, qui composent l’univers :
« Ne vois-tu pas que devant Dieu se prosterne ce qui est dans les cieux et sur la terre ? le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, et beaucoup d’humains » (22,18).
Le croyant qui vit réellement selon la voie ou le message de l’Islam tel que décrit par le Coran, sera alors en osmose avec le Créateur, les créatures et la création.
Incarnant la paix, le croyant paisible ou pacifié (muslim) doit aussi en être un vecteur et donc un pacificateur.
C’est ainsi qu’Abdallah Ibn Salam, témoin de l’arrivée de Mohammad à Médine rapporte dans ses premières exhortations :
« Ô hommes, propagez la paix
Nourrissez l’affamé,
Priez lorsque les gens sont ensommeillés,
Entretenez vos liens de parenté,
Vous rentrerez au paradis en paix »
(Rapporté par Al Tirmidhi)
Le Prophète insistait énormément sur cette notion : « Vous n’entrerez au paradis qu’à condition de croire, et vous ne croirez réellement que si vous vous aimez. Voudriez-vous que je vous indique comment établir l’amour entre vous ? Cultivez la paix entre vous » (Mouslim).
Si seulement, les musulmans pratiquaient ce seul hadith comme il se doit, le monde s’en trouverait tellement plus beau...
À la culture de la paix, à cette propagation de la paix, les juristes n’ont déduit que « l’obligation de se saluer par le salam alayk... » et si alors nous portions le sens réel de ce salut. Malheureusement, comme l’a dit justement dit l’artiste Soprano : « beaucoup s’allument (s’entretuent) en se passant le salam »...
Le paradis est appelé la « terre de la paix » et n’y sera admis que ceux qui auront réalisé ce Nom Divin de Salam :
« Dieu appelle à la demeure de la paix (Dar al Salam) et guide qui Il veut vers un droit chemin » (10;25).
« Certes, les pieux seront dans des jardins avec des sources. Entrez-y en paix (salam) et en sécurité.
Nous aurons arraché toute rancune de leurs poitrines : et ils se sentiront frères, faisant face les uns aux autres sur des lits. Nulle fatigue ne les y touchera. Et on ne les en fera pas sortir ». (15;45-48).
« Leur salutation au jour où ils Le rencontreront sera : Salam (paix), et Il leur a préparé une généreuse récompense » (33;44).
Et l’Envoyé de conclure la prière en disant : « Ô Dieu tu es la paix, de toi vient la paix... » (Rapporté par Muslim).
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