Adam et le dilemme de l’humanité

Publié le 17 mai 2026 à 10:54

Allah annonça aux anges : ‘Je vais établir sur Terre un vicaire (Khalifa)’ [2;30]. Il créa alors le premier homme de notre Humanité, Adam, à partir de la poussière de notre Terre. Les Anges, ces créatures de lumière qui peuplent les hautes sphères de notre univers et qui furent créés bien avant nous, interrogèrent le Créateur : ‘Vas-Tu y placer quelqu’un qui y sèmera la corruption et fera couler le sang, quand nous sommes là à te sanctifier et à te glorifier ?’ Il dit : ‘En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas !’ [2;30].

Allah insuffla en Adam et en l’Humanité de Son propre Esprit et ordonna alors aux anges de se prosterner devant le père de cette nouvelle espèce dotée de conscience. Là, tous se prosternèrent devant Adam, à l’exception d’Iblis qui comptait parmi les djinns, et qui refusa d’obéir par orgueil et jalousie. Ce dernier pensa qu’il était supérieur à Adam du fait de ses origines, et dit à son Seigneur : ‘Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu alors que Tu l’as créé d’argile’ [7;12] (…) ‘Je ne puis me prosterner devant un homme que tu as créé d’argile, extraite d’une boue malléable’ [ ], mais en réalité Allah sait mieux celui qui mérite d’être honoré ! Cette révolte totalement injustifiée lui valut la malédiction d’Allah et le bannissement de l’assemblée céleste. Il jura alors de tromper et de détourner, par tous les moyens, et jusqu’au jour de la résurrection, ceux parmi la descendance d’Adam qui ne seront pas fermement accrochés à Allah : ‘Quant à mes serviteurs [dit Allah], tu n’as aucun pouvoir sur eux. Et ton Seigneur suffit pour les protéger !’ [17;65].

Allah installa Adam dans les jardins paradisiaques, dans la Paix, dans le Beau, dans le Bonheur, et dans l’Amour du Créateur qui lui fit grâce d’une épouse. Adam, comme beaucoup de ses descendants, avait tout : « Et si vous comptiez les bienfaits d’Allah, vous ne pourriez les dénombrer, mais l’homme a une fâcheuse tendance au déni ». C’est cette tendance-là, ce « côté obscur » en nous, que le Diable, le Tentateur, l’Inspirateur du Mal, du Chaos, du Laid, du Conflit, choisit d’exploiter en Adam et en nous. L’arbre interdit, c’est l’illusion du manque, l’illusion de la privation, l’illusion de l’erreur, de l’oubli et de l’injustice Divine. L’arbre c’est l’illusion d’être privé. Le travail du Mal c’est de nous obnubiler par l’arbre de l’illusion pour nous faire oublier la foret des bienfaits. C’est de nous faire voir le point noir au milieu de la feuille blanche, et de nous faire plonger dedans pour nous arracher au bonheur. Mais le mal est d’abord en nous. Le diable joue sur l’illusion, pour nous faire paraitre immense ce qui est insignifiant, nous tirer du Bien dans lequel on est plongé, pour créer en de nous l’illusion du manque, de l’injustice, de l’oubli : nous plonger dans l’illusion du malheur, quand on baigne dans le bonheur.

Ce n’est que ce sentiment de privation, cette peur, ce mal potentiel en nous, alors que nous avons tous beaucoup, que le diable exploite pour nous faire perdre ces bienfaits. Le mal n’est pas extérieur, le mal n’est pas dans cet Autre, la personne un peu différente de nous, ou pas assez comme nous, qui nous complète et nous soutient avec ses différences, cette Eve, à qui la théologie a voulu faire porter la responsabilité du péché de l’Homme. Le mal vient de nous, de notre reconnaissance imparfaite, de notre confiance imparfaite vis-à-vis du Créateur parfait et de son œuvre parfaite.

La clé de notre paradis est dans la confiance sereine en Lui, dans le rejet de la peur et du sentiment de manque en nous, dans la conviction que Dieu nous a donné et nous donne ce qui est bon pour nous, qu’Il retient ou nous prive de ce qui ne l’est pas, que tout vient à point à qui sait attendre.

C’est en nous, et en nous-seuls, dans notre âme et notre conscience que se joue la bataille entre lumière et ténèbres. Le bonheur et le malheur sont en grande partie relatifs à notre propre perception, au regard que l’on porte sur nous-mêmes et sur notre environnement. Adam avait tout pour être heureux, mais il a cédé à l’illusion du manque, de la privation, au sentiment d’injustice, qui étaient pourtant factice, mais qu’il a lui-même réalisé.

C’est là, une leçon parmi d’autres que l’on peut retirer de l’histoire d’Adam.