Les figures prophétiques reflet de l'âme humaine

Publié le 25 février 2026 à 10:57

À partir L'homme intérieur à la lumière du Coran du Cheikh Bentounes

Les Figures Prophétiques : Reflets de l'Âme Humaine

Adam : L'Être Adamique Originel

Nous sommes venus en tant que parcelle d'esprit matérialisée, enfants nés d'un père et d'une mère, programmés depuis des milliards d'années à l'état potentiel dans les gènes de nos ancêtres. Chacun est l'Adam de son époque — l'aboutissement des milliards d'êtres humains qui nous ont précédés. Chacun porte en soi, physiquement et mentalement, toutes les croyances que l'humanité a connues.

Avant même que la terre ne soit créée, Adam existait déjà dans la pré-éternité, comme nous tous avant notre création. La terre a été préparée pour lui afin qu'il y réside et qu'il y acquière la connaissance du tout. L'Adam physique a parcouru toutes les étapes de la création : le minéral, le végétal, l'animal, pour aboutir à la forme humaine. Il intègre toutes ces étapes en lui.

S'il avait le souvenir de tous les noms que Dieu lui a insufflés, il pourrait agir sur les mondes supérieurs et modifier le monde physique — ce qui explique les miracles des prophètes et de certains saints.

Dès son avènement, l'homme possède le titre de noblesse de Khalifa, lieutenant de Dieu. Toute la création se prosterne devant lui : la vache offre le lait et la viande, la mer donne le poisson, l'air fournit l'oxygène. Mais inconscient de cette élection et des responsabilités qu'elle implique, l'homme abuse malheureusement de son pouvoir. Il n'est pas reconnaissant et agresse la création.

Le bien et le mal participent à l'équilibre de la création. Chacun porte en soi, comme les deux faces d'une médaille, l'une angélique et l'autre démoniaque.

Ève : La Naissance de la Conscience Duelle

Lors de la fécondation, la première cellule qui se forme est indifférenciée — elle n'est ni mâle ni femelle. De même, l'être adamique, celui qui va recevoir tous les noms et devant qui les anges vont se prosterner, n'est ni masculin ni féminin. C'est l'androgyne primordial. Ève symbolise donc la partie féminine qui se trouve dans chaque être humain.

Adam et Ève ont vu le soir — ils ont désobéi en mangeant du fruit défendu — et ont vu Dieu en péchant. Auparavant, ils vivaient dans l'instant éternel. Maintenant, ils vont vivre dans le temps. Au paradis, Adam ne se connaissait pas, plongé en permanence dans la lumière divine, illuminé et ébloui. Ils ont désobéi pour que l'humanité existe, pour que la conscience émerge de l'inconscience.

Pour revenir vers Dieu, vers cet état premier, les humains doivent reprendre le chemin en sens inverse — aller du monde matériel au monde spirituel. Cette expérience de réalisation est le combat de toute une vie pour retrouver le paradis perdu.

Le drame d'Adam et Ève se rejoue à travers nous et se reproduit malgré nous, à travers nos enfants. L'histoire de la tentation et de la chute se répète tous les jours. Elle nous ramène à la gestation et à l'accouchement.

Tant que l'enfant se trouve dans le ventre de la mère, il ne connaît ni faim, ni soif, ni froid. Il vit en symbiose avec elle, dans un état comparable à l'état paradisiaque où rien ne manque — comme dans l'état fœtal. Chez l'adulte comme chez le petit enfant, le côté négatif est latent. Le nouveau-né est un homme complet, comme Adam. D'abord, c'est l'innocence et la pureté qui s'expriment — « C'est un petit ange ! » s'exclament les parents.

Par la suite, l'enfant grandit. Les parents le protègent, le nourrissent et lui inculquent le bien et le mal, le permis et l'interdit. Jusqu'au jour où, pour s'affirmer, il se révolte contre ses parents et leur désobéit sciemment. Par honte et par crainte de la punition, il fuit et se cache. C'est l'expérience de la chute, et le drame se répète.

La connaissance des noms commence alors avec le bonheur, la honte, l'amour, le malheur, la tristesse, le beau, le laid. Toute la gamme de l'expérience humaine déploie ses ailes.

Noé : L'Appel à la Raison

Si Noé s'adressait à nous aujourd'hui, il ferait l'inventaire de tous les dangers qui touchent la terre et, avec elle, l'humanité. La surpopulation, le déséquilibre écologique, les génocides, le mépris des enfants, la dévastation des forêts, les manipulations génétiques, le réchauffement climatique, l'immigration forcée des populations — il nous appellerait à la raison avant le point de non-retour.

Comme autrefois, les hommes ne veulent pas entendre le message. Les pollueurs savent qu'ils ont tort, mais ils font la sourde oreille pour sauvegarder leur pouvoir et leurs intérêts. Ils opposent toutes sortes d'arguments pour ne pas entendre le cri d'alarme, alors qu'ils connaissent parfaitement la gravité du problème.

Voici une vérité psychologique importante : si un discours n'est pas vrai, on peut le contester rationnellement. Mais si le discours est vrai, le lâche et l'incrédule préfère ne pas l'entendre et se bouche les oreilles. Le verset dit que « les hommes se sont enveloppés dans leurs vêtements » — ce qui signifie se réfugier derrière les systèmes économiques, idéologiques ou philosophiques. Pour se déculpabiliser, on accuse l'autre ou une autorité supérieure.

« Je leur ai parlé en secret » — cela signifie que si Noé était parmi nous aujourd'hui, il tenterait de sensibiliser les décideurs à la gravité de la situation et à l'urgence d'agir avant qu'il ne soit trop tard.

Le Coran nous dit : « N'avez-vous pas vu comment Dieu a créé sept cieux superposés ? Il y a placé la lune comme une lumière et placé le soleil comme une lampe. » Le soleil symbolise la vie, la vérité et le prophète. La lune, signe de sagesse, représente le sage en éveil. Dans l'obscurité, c'est par elle que nous nous guidons pour retrouver notre chemin. Ainsi, le ciel est toujours éclairé et l'homme n'est jamais laissé sans guidance.

Les paroles de Noé sont accablantes, mais la corruption s'était développée à un tel degré qu'il fallut le sacrifice d'une grande partie de l'humanité pour sauver celle qui pourrait repeupler la terre et vivre une nouvelle aventure humaine plus juste, plus universelle, plus conviviale. Ce fut le déluge. Aujourd'hui, il suffit qu'un irresponsable appuie sur un bouton pour déclencher le cataclysme nucléaire. Soyons à l'écoute de ce verset, méditons-le, car cette prière finale de Noé est d'une actualité brûlante — un cri d'alarme pour l'humanité et la planète.

Abraham : L'Homme de la Quête Universelle

Abraham est un hanif — c'est-à-dire un homme immergé dans la présence, imprégné par l'unicité et totalement soumis à la volonté divine. En référence à la tradition primordiale, il n'est ni juif ni chrétien et se situe au-dessus de tout esprit dogmatique. Il est au sommet de la pyramide, point de convergence du monothéisme dans ses nuances et sa diversité.

Abraham devait subir l'épreuve de la fournaise, comme tous ceux qui, au cours des siècles, ont défendu des idées généreuses et universelles. Il fut condamné au bûcher pour ses convictions.

Hagar symbolise l'âme assoiffée de vérité. Elle a le même cheminement qu'Abraham qui cherchait la vérité à travers les croyances de son temps, puis à travers l'astronomie et l'astrologie. Mais chaque fois qu'il croyait l'avoir atteinte, il se retrouvait insatisfait — la vérité était encore au-delà. Comme Hagar, l'âme dans sa quête court d'une hésitation à l'autre, d'une fausse certitude à l'autre, d'une question à l'autre, cherchant l'eau de la vérité dans la source de la vie.

Un enseignement crucial : si nous croyons aimer un être, aimons-le en Dieu. Si nous l'aimons parce qu'il nous aime, nous ne faisons que lui rendre la monnaie de sa pièce. Mais si nous sommes capables d'aimer les autres jusqu'à nos propres ennemis, nous avons plus de mérites — et l'amour devient leur libérateur.

Si nous aimons une personne en Dieu, et que demain elle nous déçoit, notre cœur sera apaisé, car c'est Dieu que nous avons aimé à travers elle. Quant aux êtres disparus, si nous continuons à les aimer en Dieu, ils resteront toujours vivants dans nos cœurs, car Dieu est l'Éternel Vivant.

L'itinéraire d'Abraham représente le symbole, la densité et l'harmonie du monothéisme. Elle recèle en elle toutes les clés d'accès à la compréhension des trois grandes religions du Livre. Le premier élément du message est le cheminement vers la vérité : en partant du niveau des étoiles (qui représentent les initiés dépositaires de la connaissance), à celui de la lune (qui signifie le guide spirituel ou le pôle de la connaissance), pour arriver au soleil (qui symbolise le prophète-messager).

Le parcours d'Abraham est l'archétype des étapes de l'initiation pour revenir à la perfection adamique avant son voilement par la désobéissance. Le second élément du message est l'amitié dans l'intimité de Dieu et de l'homme. Désormais, Dieu n'est plus adoré dans l'éloignement de la majesté écrasante, mais dans l'intimité secrète de la proximité du cœur.

Joseph : Le Combat entre Chair et Esprit

Zuleyha, la femme qui désire Joseph, symbolise l'âme humaine voulant posséder la lumière qui émane de l'acte prophétique. Nous avons tous soif d'amour divin, soif de l'amour qui émane de la prophétie et de la beauté de l'être immergé dans le divin. Mais notre soif émane souvent de notre ego — il faut faire un pas de plus pour qu'elle se situe sur le plan de l'esprit pur.

C'est en acceptant les conditions de l'amour divin que notre amour humain est légitimé et agréé par Dieu. Quand il la désire pour lui-même, pour la servir et la diriger, elle lui échappe. La seule attitude juste réside dans le lâcher-prise, puisqu'elle lui échappera toujours.

Sur le plan symbolique, l'amour divin fascine et fait perdre la raison à celui qui le vit pleinement. Il engendre le scandale, l'incompréhension, voire le rejet pour qui ne l'a pas encore ressenti et goûté. La « main blessée » traduit le choc subi par le physique quand il est confronté au rayonnement de la puissance de l'amour — cet amour avec un grand A qui inhibe la raison et ébranle l'être avant de ravir le cœur.

Sur le plan symbolique, le mariage de Joseph et de Zuleyha symbolise l'union de l'âme et de l'esprit. Joseph est le dépositaire de la vérité dès sa naissance — il était destiné à être prophète, mais il devait se préparer à recevoir ce dépôt et en assumer la charge.

Le message du Coran dans l'histoire de Joseph, c'est l'histoire du combat quotidien que se livrent l'être charnel et l'être spirituel. Le champ de ce combat est en nous. L'homme charnel ne vit que dans le désir, tandis que l'être spirituel aspire à l'amour vrai.

Les différentes expériences qui marquent notre vie, même négatives, peuvent jouer un rôle éminemment positif. Les épreuves nous permettent de découvrir en nous une dimension jusqu'alors insoupçonnée. Il ne faut jamais désespérer, mais s'en remettre à Dieu. Lorsque nous revenons vers lui, les situations s'organisent, trouvent un sens et deviennent claires.

Moïse : L'Autorité Spirituelle Face au Pouvoir Temporel

Investi de l'autorité spirituelle, Moïse pourra affronter l'autorité temporelle représentée par le pharaon d'Égypte. Quel paradoxe : éduqué à la cour du pharaon, il est destiné à le défier ! Et c'est une leçon profonde : l'amour de Dieu se répand sur Moïse à travers ses propres ennemis. L'amour est d'essence divine — c'est Dieu qui aime Moïse à travers le pharaon et sa femme. Les yeux du pharaon sont, symboliquement, les yeux de Dieu.

La fuite vers Madyan avait un but : conduire Moïse vers le destin qui lui était assigné. Il fallait provoquer une rupture avec sa vie princière. Le prophète choisi pour mener le combat entre l'autorité spirituelle et le pouvoir temporel n'est qu'un homme comme chacun de nous, qui cherche sa direction, une aide, un sens à sa vie.

Être pieds nus signifie se débarrasser des dernières traces d'impuretés et se soumettre devant la majesté divine. Pour accéder à la vérité, nous devons nous dépouiller, ôter nos apparences, dépasser nos prétentions, dominer notre orgueil. Chacun de nous pense souvent — à tort — que sa connaissance est meilleure que celle des autres ou que tel maître spirituel est supérieur à tel autre.

L'épisode du Buisson ardent est le moment de la rencontre. Elle se déroule sans témoin, dans le secret absolu, dans la solitude totale. En réalité, c'est toute l'évolution spirituelle de l'être qui est décrite à travers celle de Moïse. Son histoire est celle de l'homme immergé dans le monde temporel, éphémère et illusoire, qui soudain prend conscience des limites de ce monde. À ce stade, il revient vers le dénuement, la simplicité et la pauvreté. C'est lorsqu'il peut dire « je ne sais pas » qu'il s'ouvre à la réception de l'enseignement dans toute sa résonance. Puis il doit la réaliser et la vivre.

Moïse reçoit l'ordre d'abandonner son bâton — c'est-à-dire tout le savoir reçu de Chouaib, son maître spirituel, et sur lequel il s'appuyait pour s'élever, éclairer et convaincre. En d'autres termes, il devait se défaire de cet acquis culturel de l'ego et s'ouvrir à l'universel, comme la chrysalide se métamorphose en papillon pour prendre son envol. De maître qu'il était, l'ego sera désormais serviteur.

Pour dépasser les connaissances que nous avons accumulées, nos systèmes de valeurs figés, nous devons être capables de nous remettre totalement en question. Ceux qui s'attachent à leurs idées et pensent posséder une vérité définitive et sacrée s'enferment. En fait, c'est l'ego qui se flatte sans fin et s'enorgueillit dans cette prétention à la sagesse. L'homme craint de perdre sa personnalité et de disparaître dans l'absolu qu'il confond avec l'inconnu. Pour vaincre cette peur, Dieu nous invite à la confiance — c'est à partir de là qu'il nous donne.

Moïse, en exécutant cet ordre, se soumet. Le bâton devient un serpent rampant. Cette transformation signifie qu'une fois totalement vidée de l'acquis, la connaissance est revivifiée par la grâce de Dieu et devient connaissance intérieure. Le serpent, emblème de la médecine et de la pharmacie, est à la fois le venin et le sérum. Le savoir reçu par Moïse devait se métamorphoser et s'intérioriser. Lorsque Dieu nous demande de jeter ce que nous possédons, c'est qu'il nous réserve mieux. Si nous acceptons d'abandonner nos connaissances intellectuelles, il les renouvelle et les transforme en connaissance intérieure.

La main étincelante correspond à la main souillée qui toucha le cœur, siège de pureté. La pureté intérieure se refléta immédiatement, comme à travers un miroir, sur la main de Moïse qui devient blanche. Moïse avait été purifié par Dieu.

La création est riche en mystère, inexplicable. Dieu nous demande de nous affranchir de cette rationalisation excessive et de nous ouvrir à la pensée subtile, intuitive, large et vivante. Une tradition ne peut être limitée à la lettre — sa profondeur réside dans l'esprit. Nourrissons-nous des deux pour tendre vers l'équilibre.

Moïse demande l'élargissement de sa poitrine. Il doit être à la disposition de tous, accepter tous les êtres. Chacun de nous doit convaincre le pharaon qui est caché en lui. Il demande le soutien de son frère Aaron. Et nous aussi devons déléguer, partager, travailler ensemble. Notre force n'est pas uniquement en nous — elle est aussi dans notre union. Comme l'affirme le dicton : l'union fait la force.

Moïse demande l'invocation du nom divin. Cette invocation est capitale — elle doit habiter nos cœurs, faire vibrer tous nos sens pour régénérer la vie divine en nous à tout instant. Si nous sommes toujours dans sa présence, nous sommes dans une parfaite vision de l'agir du divin en nous et dans sa création.

En revenant vers Dieu, Moïse comprend que les épreuves qu'il a traversées ont été voulues par Dieu. Il n'en est que l'instrument. S'il fait le bilan avec discernement, il comprend que Dieu a toujours guidé ses pas vers la réalisation de ce décret, instant après instant, avec une douceur et une patience infinie.

Moïse doit aller s'adresser au pharaon avec sagesse et sans violence, en se montrant courtois, car aucun homme n'est condamné définitivement. Les cœurs appartiennent à Dieu. Dieu confirme qu'il est avec eux, qu'il entend et qu'il voit par eux. Si nous en avons la certitude, c'est lui qui parle et crie à travers nous.

Dans son argumentation, le verset dit : « Il y a tracé pour vous des chemins. » Dieu a tracé non pas un, mais plusieurs chemins. Chaque créature possède le sien, son expérience propre pour accéder au divin.

Le pharaon, par orgueil, ne veut pas renoncer à son pouvoir et à sa préséance. Il déplace alors le débat et revient au temporel et à la politique. Accusant Moïse de subversion, le dialogue spirituel est rompu et le combat temporel se prépare. Pharaon cherche à exacerber la haine et la violence, aggravant l'ignorance de l'homme par le mensonge. Mais l'absolu triomphe toujours du relatif.

Concernant le verset de la Sourate 24, verset 22 : « Je suis en vérité celui qui pardonne sans cesse à celui qui revient vers moi, à celui qui croit, qui fait le bien et qui ensuite se trouve bien dirigé. » Dieu pardonne à tous les pécheurs repentis parce que sa miséricorde est illimitée et son amour est encore plus généreux que celui d'un père à l'égard de son enfant.

Concernant le veau d'or : la connaissance est un diamant qui transperce tout. C'est pourquoi celui qui la possède doit être d'une pureté totale. Si l'ego subsiste, il y a tentation. Celui qui est connaissant voit ce que le commun des mortels ne peut voir. Il est doté d'un pouvoir qu'il peut exercer sur les hommes — il risque de les manipuler. La connaissance est une arme redoutable qui peut se retourner contre celui qui la possède si l'ego n'est pas pacifié.

Moïse reçut un enseignement temporel, puis fut initié à la voie spirituelle par Chouaib. Il était comblé. Mais il se demandait s'il y avait sur terre encore quelqu'un de plus réalisé que lui. Et c'est là qu'il le trouva, au confluent de deux mondes. Cet homme transcendait le temps et l'espace tout en demeurant un être attaché à l'espèce humaine. Il apparaît à toutes les époques et initie l'homme en dehors de toute attache à une tradition révélée particulière. Il aurait rencontré cet homme face au détroit de Gibraltar.

La terre promise : l'homme est enclin à obéir à ses penchants. Il veut tout sans effort et ne veut pas combattre et se sacrifier pour la vérité, même si elle l'élève et le sanctifie. C'est notre nature profonde qu'il nous faut transformer.

Salomon : L'Équilibre entre Pouvoir et Humilité

« Connaissez le langage des oiseaux ? » Cette question nous parle du langage du monde subtil, qui révèle et dévoile le sens intime des choses. Comment un être juste, un prophète, pouvait-il attenter à la vie d'un être, si petit soit-il — en l'occurrence une fourmi ?

En sa double qualité de roi et de prophète, Salomon ne devait pas se laisser entraîner par l'aveuglement qu'inspire le pouvoir absolu et sa puissance. Mais il savait que l'un et l'autre ne représentent que peu de choses s'ils ne sont pas donnés, surtout agréés par Dieu. La métaphore du prophète-roi Salomon avec le monde des fourmis explique ceci : quand l'homme réalisé existe en permanence d'une façon naturelle, un équilibre harmonieux s'instaure dans sa relation avec l'infiniment petit et l'infiniment grand — en d'autres termes, avec le microcosme et le macrocosme.

Marie et Jésus : La Rupture avec la Lettre

Concernant Marie : le voile entre elle et les siens exprime la rupture entre son état spirituel, touché par l'esprit saint, et celui du peuple d'Israël, prisonnier de la lettre et de la contingence. Le peuple ne pouvait s'expliquer ce mystère.

À la source à laquelle but Marie symbolise l'amour qu'a vivifié Jésus et continue de vivifier des générations de croyants. Le palmier symbolise la prophétie. Son tronc est sec — c'est-à-dire que le temple est stérile parce que la lettre a totalement asséché l'esprit des messages de Moïse et de Jacob. C'est aussi pour cette raison que Zacharie, stérile comme le dogme, implora Dieu de lui insuffler une nouvelle vie à travers un héritier.

Les enfants d'Israël étaient fixés sur la lettre. Ils ne pouvaient plus reconnaître la parole de Dieu de celle des savants. De tels chefs ressemblaient plutôt à des chefs politiques qu'à des chefs religieux. C'est donc en ce moment difficile, quand on ne reconnaissait plus l'erreur de la vérité, que Dieu envoyait à ses cœurs morts son âme pour les ressusciter. Marie secouera le palmier — elle va ébranler la société et la tradition de son époque.

À travers l'épisode des oiseaux, Jésus montre qu'il était envoyé à l'humanité pour la délivrer des ténèbres et lui permettre de retrouver son envol. Il guérit l'aveugle et le lépreux — ce qui signifie sur le plan spirituel que sa mission consiste à rendre la vue aux hommes devenus aveugles par leur attachement au dogmatisme, et à guérir ceux dont les cœurs sont rongés par la lèpre de la corruption morale et de l'attachement aux biens matériels.

Il ressuscite les morts — c'est-à-dire qu'il rend vie aux « morts vivants », à ceux qui vivent sans la conscience de Dieu. « Il leur dit ce qu'ils mangent et ce qu'ils cachent dans leur maison » — il les exhorte à ne pas faire semblant de croire en Dieu en cachant dans leur cœur l'orgueil et les pires vilénies.

La venue de Jésus est une révolution, une remise en question radicale de l'ordre établi par ceux qui s'en tiennent à la lettre. Ceux qui le suivirent ne furent pas des prêtres, mais de simples pêcheurs. Imaginons un instant la venue d'un homme qui aurait rangé la foule en proclamant : « Je suis l'envoyé de Dieu, obéissez-moi », et qui remet en question les concepts sur lesquels repose toute notre civilisation. Si le Christ revenait aujourd'hui, qui le reconnaîtrait ?

Ces humbles serviteurs de Dieu peuvent certes différer par les idées métaphysiques, les credos, les théologies, et surtout par les mots dont ils se servent pour les exprimer. Ils ont tous cependant comme trait commun le mépris de l'argent et des richesses matérielles, la simplicité, l'humilité et surtout l'amour de notre pauvre humanité souffrante, qu'ils veulent soulager, éclairer et sauver par l'amour de Dieu.

Le retour du Messie est attendu par les trois religions. Par l'avènement de l'ère messianique, les grandes valeurs de fraternité et d'égalité entre les hommes seront consacrées dans la paix. Jésus est avant tout un esprit pur venu avec la puissance divine pour bouleverser et remettre en question le monde de son époque. Il reviendra pour parachever son message — celui de l'amour. La source d'espoir qui a jailli sous les pieds de Marie continue d'abreuver les cœurs. Ainsi, si l'on chemine avec foi, sincérité et amour, toutes les religions se rencontrent. Les pratiques sont différentes, mais la vérité est une.

Ce don qu'il nous a fait de la diversité des messages et des prophètes est la preuve de l'intérêt qu'il porte à l'évolution de toute l'humanité. Cette diversité nous permet de mieux nous connaître et de nous dépasser en allant vers l'autre pour découvrir notre richesse à travers celle d'autrui.

Muhammad : L'Accès Universel à l'Absolu

Les fils d'Israël étaient dans l'attente du Messie, mais ils refusèrent de le reconnaître. Ils attendaient un héros, un libérateur du joug de l'occupation romaine. Ils furent déçus puisque la mission de Jésus n'était pas de libérer le peuple de l'ennemi extérieur, mais l'homme de lui-même, de l'asservissement de son moi, pour le guider vers la réalisation de l'homme universel animé par l'esprit.

Jésus parlait un langage spirituel si élevé et imprégné d'amour qu'il ébranla toutes les conceptions religieuses de son temps. Muhammad, quant à lui, est celui par qui l'accès à l'absolu est à la portée de chacun — quelle que soit sa race, sa nation, sa condition, son sexe.

Concernant l'hégire, les premiers musulmans ont tout quitté pour répondre à l'appel de la vérité. Ils en ont payé le prix, ont tout donné pour tout recevoir. Ce voyage commence encore une fois avec une rupture.

Le véritable musulman est l'héritier des différents messages qui nous rappellent la religion authentique, celle de la primordialité. Pratiquer l'islam, c'est donc réaliser toutes les qualités humaines comme Muhammad — l'homme parfait, l'homme universel.