L'Homme Intérieur à la Lumière du Coran : Redécouvrir la Spiritualité Authentique

Publié le 24 février 2026 à 16:09

d’après des notes inspirées de l’enseignement de Cheikh Khaled Bentounes

Introduction

Si nous voulons préserver l'humanité en nous, nous devons élever notre conscience universelle. C'est la condition sine qua non pour que l'homme ne devienne pas une simple machine pensante. Le Cheikh Khaled Bentounes nous invite à distinguer deux approches fondamentalement différentes : la religion de la lettre, qui nous enseigne des vérités superficielles et source de malheur, et la véritable spiritualité, qui est une quête permanente pour redécouvrir la réalité profonde du message divin.

Cette distinction est cruciale à l'époque où nous vivons. Trop souvent, nous confondons pratique religieuse et connexion spirituelle. Or, l'une peut exister sans l'autre. Un article de foi strictement suivi ne garantit pas l'illumination intérieure. C'est pourquoi ce voyage dans l'interprétation symbolique du Coran nous propose de regarder au-delà des apparences.

Le Symbolisme Divin : La Lumière et le Cœur

La Lumière de la Raison

Chez l'homme, la lumière revêt deux significations essentielles : celle de la raison et celle de l'intelligence. C'est par cette lumière que l'homme peut connaître. S'il la perd, il cesse d'exister en tant qu'être raisonnable. Mais voici le paradoxe : nous croyons souvent que cette lumière émane de notre intellect personnel, alors qu'elle provient d'une source bien plus profonde.

La lumière est partout, certes, mais sa source réside dans une niche particulière : le cœur de l'homme. Et attention, il ne s'agit pas du cœur physique, ce muscle qui pompe le sang, mais du cœur spirituel — ce centre suprême de la conscience. L'amour en est le moyen de le découvrir. C'est une vérité que beaucoup de traditions mystiques partagent : l'homme ne peut connaître l'absolu que par son cœur.

L'Universalité de la Lumière

Une image poétique du Coran résume cela magnifiquement : « L'arbre de la lumière n'est ni d'Orient ni d'Occident ; elle est universelle. » Elle n'appartient ni à un peuple ni à une tradition prophétique particulière. Et pourtant, dans leurs faiblesses humaines, les hommes se l'attribuent et l'accaparent, comme si elle était leur propriété exclusive. C'est une des grandes tragédies de nos divisions religieuses.

Un détail important : l'homme non encore réalisé spirituellement ne peut voir cette lumière directement. Il ne voit que ce qu'elle éclaire. C'est pour cette raison que, tout en étant proche, elle lui échappe. Le Cheikh Al-Alaoui disait : « Dieu est tout. Et chaque partie de la création n'ouvre sur lui qu'un minuscule angle de vue. »

Chaque être humain porte en lui cette lumière et possède cette potentialité dormante. Le voyage nocturne du Prophète — ce voyage spirituel relaté dans le Coran — relate l'aventure de la conscience qui s'élève de ciel en ciel, d'espace en espace jusqu'à l'infini. Si la conscience s'éveille, elle peut s'ouvrir bien au-delà des limites matérielles.

Le Chemin vers la Lumière

Nous sommes les seuls responsables de l'épanouissement de cette conscience. Elle s'affine et s'accroît dans la solitude et l'introspection. C'est en cheminant à travers les difficultés, les erreurs, les égarements, les doutes et les craintes que nous finissons par atteindre la source. Sans cela, nous ne pouvons nous réaliser pleinement.

Voici ce qui peut surprendre : ce sont nos agissements et nos expériences de vie qui nous conduisent vers elle — même les erreurs. Une parole célèbre rapportée dans les traditions soufies synthétise cela : « J'étais un trésor caché et j'ai aspiré à être connu. J'ai créé les créatures afin d'être connu. »

Même nos erreurs éclairent notre chemin et lui donnent un sens. Nous pensons qu'elles nous éloignent de la lumière, mais parfois, elles la révèlent. Nous ne pouvons pas véritablement nous en éloigner — elle est partout, comme elle est en nous-mêmes. Ce n'est que dans des moments d'inconscience que nous pensons nous en éloigner.

Le Piège de l'Ego Spirituel

Il y a une prétention à croire que Dieu se gagne comme nous gagnons notre pain quotidien. À force de prières intensives, d'études savantes ou d'actes de générosité, Dieu ne se « gagne » pas. Il se découvre dans l'état d'humilité, la simplicité et le lâcher-prise. Le sage, comme le dit une belle métaphore, fait la planche et se laisse porter par le courant. Cela ne signifie pas qu'il ne fait rien — il agit et s'en remet à Dieu simultanément.

La mortification à outrance pour se prouver quelque chose à soi-même ou aux autres n'a pas sa place dans la véritable voie. Si je pense mériter Dieu par mes propres efforts, mes propres forces ou ma propre vertu, mon chemin est voué à l'échec. C'est l'ego qui me piège. Le soufi Kharraqani l'exprimait ainsi : « Dieu a glissé un je-ne-sais-quoi de lui au cœur du soufi. Si tu demandes incarnation, je répondrai seulement : lumière. »

La Présence Divine : Une Transformation Intérieure

Le Dialogue avec Dieu

Plus l'homme se souvient de Dieu, plus sa présence s'affirme et s'affine. Et plus cette présence s'intensifie, plus elle le transforme profondément — jusqu'à modifier sa manière de voir et de se comporter, jusqu'à l'inciter à la pensée, à la parole et à l'acte justes.

À l'inverse, celui qui n'a aucune conscience de Dieu n'agit que selon les pulsions de son moi égotique. La présence divine devient une référence vivante avec laquelle notre conscience dialogue constamment.

Et voici un point décisif : cette présence n'est pas un luxe réservé aux moines ou aux ermites qui se retirent du monde. C'est une nécessité impérative pour l'individu et pour la société. Elle agit comme un garde-fou, une balise, un phare intérieur. À mesure qu'elle s'intensifie, toute pensée malveillante disparaît et s'efface. L'homme atteint son véritable nature, son état originel, cette conscience universelle plus que jamais nécessaire à ceux qui prétendent mener le monde aujourd'hui.

L'Unicité dans la Diversité

Chaque être est unique, à l'image de son créateur, et son expérience personnelle est irremplaçable. Il ne s'agit donc pas de vivre la conscience de l'autre ou de l'imiter servilement. L'individualité ne disparaît pas quand elle est enrichie par la présence divine — elle se métamorphose et s'élève. Cette transformation devient claire dans tous les actes de la vie.

Comme il est dit simplement : « Si la vérité s'exprime par notre bouche, nous ne sommes pas pour autant la vérité. »

Le Jugement Permanent

Le jugement existe dans l'instant car Dieu nous fait des révélations immédiates. Plus la présence est constante, plus ce jugement devient effectif, jusqu'à devenir permanent. Le jour du jugement dernier, loin d'être une réalité lointaine, devient alors une expérience vécue ici et maintenant, dans le temps humain. C'est une transformation radicale de notre rapport au temps.

Dès que la relation est établie entre nous, en tant que réceptacle de la présence, et ce qui est écrit dans le Coran, une autre lecture devient possible. Le livre ne reste pas un texte historique — il devient le récit de notre vie intime. Nous y lisons notre propre histoire, et Dieu, comme un miroir, nous guide à travers des mots relus mille fois, redécouverts à chaque lecture.

La Royauté Divine et l'Harmonie Universelle

Reconnaître le Mal en Soi

La création tout entière célèbre la louange de Dieu de manière consciente ou inconsciente. Mais nous, humains, avons une responsabilité particulière : reconnaître le mal en nous-mêmes pour pouvoir l'éviter. Les contraires peuvent ne pas être antagonistes — ils peuvent devenir des moyens d'équilibre.

Le péché provient de l'état d'inconscience. Quand l'éclairage divin s'installe peu à peu en nous, il transcende tout notre être. Un équilibre s'instaure et la paix s'établit profondément.

Voici une observation pratique : lorsque nous sommes trop impliqués dans une situation, elle nous submerge et nous ne la voyons plus telle qu'elle est réellement. Si nous nous en éloignons, la perspective change et chaque chose peut être vue à sa juste valeur. C'est pourquoi la contemplation et la distance sont des outils spirituels essentiels.

La Liberté en Dieu

Le Royaume de Dieu fonctionne selon une logique paradoxale : aucun royaume ne peut subsister sans l'autorité suprême de son roi, et inversement, aucun monarque ne peut exister sans ses sujets. Il y a une interdépendance sacrée.

Un verset fondamental du Coran nous montre que notre liberté se trouve en Dieu. Plus nous sommes en lui, plus nous sommes véritablement libres. Libérés du moi égotique, notre conscience s'ouvre à une liberté sans frontières et nos actes ont une portée illimitée et infinie, à l'image de Dieu lui-même.

Vivre le divin, c'est parvenir à une harmonie où il n'y a plus de dualité, où ne subsiste aucune séparation entre Dieu et moi — sans tomber dans l'anthropomorphisme naïf. À ce moment, nous ne pouvons pas dire que nous sommes Dieu, mais nous pouvons affirmer que nous sommes en lui et qu'il est en nous.

Le Retour à l'Unité

Le malheur de l'homme réside dans sa précipitation à juger. Il condamne et se condamne lui-même en affirmant des vérités qui ne sont que temporelles et relatives. Les traditions orientales ont découvert le zéro par la métaphysique. Revenir au zéro clarifie la situation car il ne reste que l'unité — l'Un — qui éclaire le tout.

Notre tradition occidentale, quant à elle, place le concept de l'Un au cœur de toute compréhension. Chaque fois que nous atteignons une limite, nous devons revenir à l'origine, à l'absolu. L'être s'efface, devient zéro face à l'absolu, à l'Un. Devant cette réalité ultime, nous pouvons alors avancer et atteindre un autre palier de réalisation.

Abdelkader Jilani, dans ses Mawaqif (stations spirituelles), rapporte une parole divine éclairante : « Dieu a dit à l'un de ses serviteurs : "Prétends-tu m'aimer ? Si tel est le cas, sache que ton amour pour moi n'est qu'une conséquence de mon amour pour toi. Tu aimes celui qui est, mais moi, je t'ai aimé quand tu n'étais pas." »

L'Harmonie Intérieure

Chaque fois que nous croyons avoir saisi une réalité visible et palpable, elle nous échappe et se transforme en une réalité beaucoup plus profonde, subtile et cachée. Mais par manque de connaissance, l'homme se hâte de juger à partir de ce qu'il voit, alors que sa vue et sa connaissance sont limitées. Mieux vaudrait dire : « Certes, c'est une réalité, mais la réalité ultime m'échappe toujours. »

Beaucoup de maladies physiques et psychiques sont l'expression de ce refoulement, de cette peur, de cette non-reconnaissance de telle ou telle partie obscure de notre vraie personnalité. Nous devons vivre en harmonie avec notre intériorité. Nous trichons de moins en moins jusqu'à ce que l'hypocrisie disparaisse. La conscience libérée devient alors une nature, un état d'être permanent, ce que les maîtres spirituels appellent une « station ».

Comme il est dit poétiquement : « Le corps est le trône de l'âme, comme la création est le trône de Dieu. »

Au-delà des Frontières

Celui qui embrasse le divin embrasse le tout. Il n'y a plus d'esprit de chapelle sectaire — il sait que tout lui appartient. Par leur réalité géographique et géopolitique, l'Orient et l'Occident existent, certes. Mais celui qui regarde vers Dieu ne peut en être prisonnier. Il n'appartient ni à l'un ni à l'autre. Il est des deux à la fois et en même temps.

Le Coran dit : « Que vous tourniez vos visages vers l'Orient ou l'Occident, là est la face de Dieu. » Quelle est cette face de Dieu ? C'est celui qui se trouve en face de vous, votre frère, l'humanité entière faisant des cercles autour d'un même centre. Si nous prenons conscience que chacun de nous est un aspect de la face de Dieu, comme les facettes d'un diamant, alors nous adorerons Dieu dans la fraternité et l'amour mutuel.

Dieu est le Miséricordieux. Il ne s'érige pas en censeur rigide qui applique la loi dans toute sa rigueur. Sa miséricorde est toujours ouverte à tous — l'homme doit simplement l'invoquer. Sans réaliser en son cœur cet attribut de miséricorde, l'homme ne peut faire la paix ni avec lui-même ni avec les autres.

Celui qui possède la présence divine n'a plus besoin de témoins extérieurs. Il est au-dessus du jugement des autres, de leur réconfort ou de leurs critiques. Dieu est si grand et si puissant que cela dépasse l'entendement humain, qui en est souvent effrayé. Pour s'approcher de cette vérité sans se perdre, l'homme crée des formes rassurantes — des légendes, des croyances, des rites — qui le confortent dans sa solitude, parfois jusqu'à l'absurde.

Pourtant, si l'homme n'était pas agité ou malade, s'il n'avait pas de doute, de crainte ou de peur, il ne rechercherait pas Dieu. Le négatif nous pousse vers le positif. L'obscurité nous pousse vers la lumière.

Pourquoi Dieu a-t-il choisi le cœur plutôt que la raison comme siège de la foi ? Parce qu'il est habité par l'amour. Si nous faisons taire notre ego pour laisser Dieu parler à travers nous, le Cheikh Al-Alaoui l'affirme : « Si tu écartes ton ego tu ne trouveras que Dieu. » La foi ne se voit pas, ne se démontre pas — elle se vit. Et c'est là la distinction cruciale : la foi n'est pas la religion. La première soulève les montagnes, la seconde les décrit.

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