Courants du judaïsme antique et courants de l’Islam contemporains

Publié le 24 février 2026 à 16:59

La connaissance du passé est fondamentale pour parvenir à une bonne compréhension du sens global de l’histoire, de la nature et du devenir de l’humanité. Cette connaissance nous est impérative pour appréhender convenablement de nombreux faits historiques évoqués par le Coran et donc finalement pour comprendre notre religion. La connaissance du passé jointe à la méditation des Textes révélés nous aident à mieux analyser le présent et anticiper les évènements à venir. « Beaucoup de choses se sont passées avant vous, parcourez-donc la terre afin de voir ce qu’il advint de ceux qui démentirent… » (Al Imran, 137).  « Nous n'avons envoyé avant toi que des hommes originaires des cités, à qui Nous avons fait des révélations. [Ces gens-là] n'ont-ils pas parcouru la terre et considéré quelle fut la fin de ceux qui vécurent avant eux ? » (Yusuf, 109).

L’observation du passé et l’étude des évènements ayant conduits au déclin et à la disparition de peuples et de civilisations nous est ici recommandé par le Coran. La seule connaissance de l’histoire du Prophète (saws) et de la naissance de la civilisation musulmane n’est absolument pas suffisante pour nous permettre de comprendre ce que nous vivons actuellement et relever les défis qui nous font face. D’ailleurs le Coran nous cite d’abondants exemples historiques de peuples ayant vécus jadis, en s’attardant particulièrement sur ce qui fut la première civilisation monothéiste fondée sur une révélation. Nous voulons bien sûr parler des béni israïl descendants d’Abraham par ses fils et petit-fils, Isaac et Jacob ; ceux qui reçurent la Torah comme guide et comme Loi par l’intermédiaire de Moïse et d’Aaron, puis chez qui la prophétie ne s’interrompue ensuite plus jusqu’à l’envoi de Jésus fils de Marie.

Ce dernier personnage et l’époque dans laquelle il vécut nous intéressent tout particulièrement. En effet, Jésus, « le Messie » eut pour mission de clore la prophétie des fils d’Israël selon notre croyance, à nous musulmans. De la même manière que ce prophète « voyageur dans le temps » aura également pour mission d’accompagner notre communauté musulmane à la fin de son histoire. Le Prophète (saws) nous a en effet annoncé le retour de Jésus. De nombreux textes confirment ce point commun de la croyance eschatologique musulmane et chrétienne ; Allah dit de Jésus : il sera un signe de l’heure n’en doutez point.

Jésus marqua auparavant le terme de l’histoire antique des béni israïl, peuple dont il est lui-même issu. Après leur émigration et une période de conquêtes victorieuses sous la conduite du prophète Josué fils de Noun, les béni israïl connurent une histoire antique longue de près de deux millénaires. Le Coran évoque deux transgressions majeures qui justifièrent à chaque fois invasions et colonisations avec leur lot d’humiliations et de malheur. Les premiers versets de la sourate al isra, qu’on appelle aussi la sourate de béni israïl, mentionne ces évènements qui font référence à l’invasion perse puis à la colonisation romaine.

À l’époque qui nous intéresse, celle de Jésus, Rome étend son pouvoir sur une grande partie du monde. La Palestine où né Jésus est alors un protectorat romain bénéficiant d’une pseudo indépendance, puisque le roi des Juifs, Hérode, n’est alors qu’un vassal de César, élevé dans la philosophie grecque et méprisant ses coreligionnaires.

Une grande partie du peuple juif au gré des guerres et de la colonisation s’est retrouvée dans les terres gouvernées par la Perse et par Rome. La « masse » fait alors preuve « d’un laxisme accommodant » (M. Simon, les sectes juives à l’époque de Jésus, p.19), elle est « impressionnée par l’éclat de la civilisation hellénistique » (p.18) dont elle adopte volontiers les us, « faisant des concessions à la culture grecque » allant parfois même jusqu’à « l’apostasie franche » (p.19). Il faut dire que les romains ne lésinent pas sur les moyens pour promouvoir leur philosophie de vie : au travers des cirques et des théâtres qu’ils installent çà et là ; de leurs avancées techniques et militaires et des polémiques qu’ils déclenchent pour remettre en cause les croyances et pratiques monothéistes.

Sur le plan religieux les courants juifs conservateurs sont divisés sur la manière convenable de pratiquer les commandements Divins dans un monde gouverné par la pensée grecque païenne et par le pouvoir hégémonique de l’Empire Romain, païen également, et dont les armées paraissent invincibles. C’est ainsi que l’explique Simon : « L’apparition de sectes, c’est-à-dire de groupements bien individualisés et divergeant les uns des autres sur des points importants de croyance et de pratique, résulte des contacts plus étroits établis entre Israël et les civilisations environnantes. Elle est liée aux réactions diverses des Juifs vis-à-vis des influences culturelles et religieuses du dehors (p18) ». Pour lui la cause des divisions est externe : les Juifs divergent quant à l’attitude à adopter face à une civilisation païenne qui les domine complètement et sur tous les plans

Cette division en « sectes » n’est pas sans rappeler nos propres dissensions actuelles, nous qui vivons aujourd’hui dans l’ère post-civilisationnelle de l’Islam, depuis l’abolition du Califat et le démantèlement du dernier empire musulman Ottoman. Ce parallèle historique avait d’ailleurs été prophétisé par l’Envoyé dans ces paroles : « les Juifs se divisèrent en soixante et onze sectes… vous vous diviserez en soixante-treize sectes... » ou encore « vous suivrez les écueils des communautés qui vous ont précédées (les communautés Juives et Chrétiennes antiques) ... » [Al Tirmidhi, Abou Dawoud, Ibn Majah].

Un autre hadith confirme cette idée de parallèle historique : « Vous suivrez les chemins de vos prédécesseurs, pas après pas, étape après étape à tel point que si l’un d’entre eux avait trouvé comment pénétrer le gîte d’un serpent, il y aurait parmi les nôtres celui qui en ferait de même » [Ahmad, Al Tirmidhi, Al Nasa’ï : Sahih].

Ce que nous vivons aujourd’hui, à l’heure de ce qui semble bien être la fin de l’histoire civilisationnelle musulmane, nos prédécesseurs l’ont déjà vécu. Notre division et nos divergences sont similaires à celles que ceux-ci connurent dans un contexte spirituel et géopolitique comparable.

Quelle est donc la voie à suivre ? Quelle est donc cette « réforme radicale » qui serait salutaire à l’Islam ou aux musulmans ?  Doit-on suivre un groupe ou non ? Si oui, lequel ?

Nous ne prétendons pas apporter des réponses catégoriques à chacune de ces questions, cela serait bien présomptueux. Pour autant, nous nous proposons de réaliser une étude comparative des principales factions en présence, hier et aujourd’hui, et tenteront de mettre en évidence la position de Jésus à l’endroit de ces groupes. 

 

Le pharisianisme ou l’ancêtre du « salafisme quiétiste ».

La secte juive ancienne, certainement la plus connue est celle des Pharisiens. C’est celle qui, « bien que minoritaire, semble avoir gagné la bataille idéologique » dans le Judaïsme de l’époque. « Les pharisiens sont à l’origine de leur histoire, une poignée de dissidents, de sectaires au sens le plus précis du terme (…) mais à l’époque qui nous intéresse (celle de Jésus), la situation s’est totalement renversée : les Pharisiens sont devenus non seulement le parti religieux le plus puissant, mais les chefs spirituels les plus écoutés de tout le peuple » (M. Simon, p.10-11), ce « parti tend à imposer ses normes » (p.13) : c’est celle qui prône un attachement strict aux textes révélés, en suivant « la tradition des ancêtres ». Flavius Josèphe, cité par Simon, estime que les Pharisiens l’emportent sur les autres groupes « par la piété et par une interprétation plus exacte de la Loi » (p. 28), ainsi que par « l’exactitude en ce qui concerne les coutumes des ancêtres » (p.29).  Parmi les défauts de cette secte, que Jésus vilipendera et dont il dénoncera à de nombreuses reprises l’hypocrisie comme nous le verrons, il y a cette « tendance à confondre, en les mettant sur le même plan, l’essentiel et l’accessoire » (p.28), tombant souvent dans le piège du « formalisme » (p.29), privilégiant l’apparence et négligeant les fondements éthiques et moraux de la religion : « Malheur à vous (leur dit Jésus) ! Vous payez l’aumône légale de la menthe, du fenouil et du cumin, tout en négligeant les aspects fondamentaux de la Loi : la Justice, la Miséricorde et la foi ! » (Matth., 23, 16). Deux courants se distinguent parmi les Pharisiens dans les courants de Shammaï, plus « rigoriste et intransigeants » (p.37) et celui, que l’on pourrait qualifier de pharisianisme plus tolérant et ouvert de Hillel. Les pharisiens préconisent l’obéissance au roi, malgré son rejet de la Loi révélée. Ils ne se soulèvent pas contre les romains qui colonisent le pays tant que ceux-là ne s’ingèrent pas dans leurs affaires religieuses.

Nous voyons ici des traits de ressemblance frappants avec la mouvance salafiste quiétiste contemporaine. Porté par un ‘alim « révolutionnaire », et un groupe de ses disciples, la vague wahhabite va s’emparer, au XIIIème siècle, de l’Arabie qui deviendra par son fait « saoudite ». Ayant la main mise sur les lieux saints de pèlerinages de l’Islam, le courant Wahhabite salafi va diffuser « sa réforme » à travers le monde musulman et générer « un élan spirituel » qui inspirera « tous les mouvements de renaissance de l’Islam moderne » (M. Asad, Le chemin de la Mecque, p. 150). Si ce courant « « fut (à l’origine) une tentative de supprimer toutes les excroissances et doctrines rajoutées qui, au cours des siècles s’étaient développées autour des enseignements originaux de l’Islam, et, de la sorte, de restaurer le message authentique du Prophète », il n’en porte pas moins certains stigmates dès sa naissance : « le développement de son enseignement dans le Najd a souffert de deux défauts qui l’ont empêché de devenir une plus grande force spirituelle. L’un de ces défauts est l’étroitesse avec laquelle il limite presque tous les efforts religieux à une observation littérale des prescriptions, négligeant la nécessité d’en pénétrer le contenu spirituel. L’autre défaut tient (…) à cette tendance à l’intolérance et à l’autosatisfaction ne reconnaissant à personne le droit d’être d’un avis différent (…) ils se sont regardés eux-mêmes non seulement comme les champions de la foi, mais presque comme ses seuls détenteurs ». Asad, qui a vécu de longues années en Arabie et fut un proche des premiers dirigeants Séoud, décrit les partisans du courant proto-salafiste comme des « hommes fiers et hautains, ils se considèrent eux-mêmes comme les seuls vrais représentants de l’Islam et tous les autres musulmans comme des hérétiques ». Il conclut en mettant bien en évidence cette ressemblance avec le courant pharisien lorsqu’il parle de « l’autosatisfaction pharisaïque » des wahhabites. (Le chemin de la Mecque, p. 150).

Nous voyons par ailleurs, que le courant salafi dit quiétiste est comparable à celui des scribes et des pharisiens :

  • dans sa propension à s’accaparer les textes dont il présume seul posséder l’interprétation exacte du fait de ses références aux traditions des anciens (salaf),
  • dans la superficialité du retour à l’Islam authentique qu’il propose : un retour qui favorise la lettre à l’esprit et l’apparence au fond,
  • le manque de profondeur et de spiritualité dans leur approche des textes,
  • le peu d’attention qu’ils portent à la dimension éthique et morale de la Loi au profit d’une approche légaliste et casuistique,
  • le mépris qu’ils ont souvent pour la masse qui ne suit pas leur minhaj,
  • la haute-estime qu’ils ont d’eux-mêmes en tant que « groupe sauvé »,
  • l’absence de fiqh des priorités qui s’exprime dans leur manière de mettre sur le même plan l’essentiel (thawabit, al usul) et l’accessoire (al moutaghayirat, al fourou’),
  • le fait qu’ils dominent le débat idéologique et passent aux yeux des gens pour la référence tandis qu’ils sont minoritaires en nombre,
  • leur manque de courage politique qui s’exprime dans leur soutien à un pouvoir injuste dès lors que celui-ci leur accorde droit de citer, y compris vis-à-vis de l’étranger colonisateur

Les pharisiens seront la cible principale et récurrente des prêches de Jésus qui visait à les décrédibiliser aux yeux du peuple. Jésus évoque parfois les véritables pharisiens, ascètes et dévots, disciples des prophètes, parmi lesquels Élie, qui vécurent plusieurs siècles auparavant. Ceux-là étaient des exemples de renoncement au bas-monde et à ses fastes, de sincérité et de dévotion. Jésus dit ainsi : « tous les saints et prophètes de Dieu ont été pharisiens, non pas de nom comme vous mais de fait, car en chacune de leurs actions, ils recherchaient Dieu leur Créateur. Pour l’amour de Dieu ils quittèrent leurs villes et leurs biens. Pour l’amour de Dieu, ils les vendirent et en remirent le prix aux pauvres ».

Les contemporains de Jésus sont eux de « faux pharisiens », des « hypocrites » qui « veulent charger les épaules des gens de lourds fardeaux qu’eux-mêmes ne voudraient pas même toucher du doigt ». Ainsi agissent ceux qui condamnent le haram lorsqu’is s’agit des autres, mais se trouvent des fatawas arrangeantes lorsqu’il s’agit de servir leurs propres intérêts.

Jésus dénoncera également les « statues de chair » qu’évoque également le Coran : « Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme divinités en deça de Dieu, alors qu'on ne leur a commandé que d'adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui ! Gloire à Lui ! Il est au-dessus de ce qu'ils [Lui] associent » (Al Tawba, 31). Or nous voyons parmi les « défenseurs du tawhid », ceux qui ont fait du respect dû aux savants une véritable adoration. Le savant est considéré par certains aujourd’hui comme une véritable idole et un être infaillible.

Résistance violente

Les Zélotes sont « l’aile marchante du pharisaïsme » avec lequel « ils s’accordent sur tous les points ». « Ils traduisent dans les actes une haine qui, chez les Pharisiens était demeurée théorique » (p.39). Ils sont des « terroristes » aux méthodes barbares, « qui ne s’attaquent pas seulement à Rome, (…) mais aussi aux tièdes d’entre les Juifs, ceux qui pactisent avec l’occupant, ou qui, simplement, s’accommodent de sa présence sans trop de chagrin » (p.40). Chez les Zélotes « le politique et le religieux sont inextricablement liés ». Ils sont des « nationalistes intransigeants » « qui ne reconnaissent d’autre autorité que celle de Dieu seul ». Ils comptent sur le secours Divin, « mais tiennent pour leur devoir de prendre les devants » et « sont toujours prêts à affronter les tortures et la mort plutôt que de devoir s’incliner devant l’autorité d’un homme » (p.39).

Simon cherche à expliquer le ferment areligieux de la violence des Zélotes - même s’il les considère comme des « terroristes », « illuminés et des fanatiques ». Ainsi met-il en avant la tension spirituelle permanente dans laquelle vivent les Juifs dont l’identité et l’unité nationale sont en totale déliquescence. Leur religion est seulement « tolérée » par les romains, et ce, dans leur propre terre ! Ils font face à « une politique agressive et intolérante d’hellénisation forcée » menée par des « procurateurs souvent incompréhensifs, malveillants et brutaux » qui multiplient les « maladresses et les vexations » (p.40). Une autre clé de compréhension se trouve dans la condition sociale de « misère » dans laquelle vivent une partie des Juifs, condition économique et sociale qui n’est « pas tout à fait étrangère à l’agitation » zélote. Il est intéressant également de noter que les Zélotes étaient persuadés que la promesse Divine de victoire s’accomplirait à travers leur « guerre sainte ». Finalement, ce sont eux qui, derrière leur Messie auto-proclamé, Bar Kochba, provoqueront leur anéantissement mais aussi celui du Royaume qu’ils rêvaient pourtant de rebâtir !

Jésus ne parlera, à priori, pas des Zélotes, bien que la société dans laquelle il a vécu « était fortement pénétrée de l’esprit zélote », et qu’il fut lui-même condamné comme Zélote par les Romains (p.120).

On pourrait dire qu’il a eu à l’égard de ceux-là la même attitude d’ignorance, qu’il a eu à l’égard de Rome. Peut-être parce que le terrorisme des uns n’était pas plus condamnable que celui des autres, chacun faisant violence avec les moyens qui étaient les siens : un empire « civilisé » d’un côté, une « horde de barbares » résidus d’une civilisation écartée de l’Histoire de l’autre.

Ceci dit, les allusions récurrentes de Jésus évoquant le Royaume de Dieu, comme étant celui des cieux, n’était-il pas une allusion et un message explicite à ces zélés qui étaient prêt à tout pour instaurer le royaume de Dieu sur Terre ?

Là nous voyons apparaître la silhouette de nos zélotes contemporains, sunnites théoriques au comportement kharijite, qui ont appris la haine, non pas dans le Coran, mais plutôt dans les geôles des tyrans oppresseurs et autres colonisateurs. Pour eux l’établissement d’« un état islamique » qui appliquera strictement la lettre de la Loi, est l’objectif suprême, la fin qui justifie tous les moyens, même ceux qui contredisent l’esprit de la Charia et ses valeurs fondamentales.

L’erreur majeure de ces néo-zélotes est de penser que l’on peut guérir une maladie en en combattant les symptômes. Prôner un retour encore plus littéral aux textes, proclamer unilatéralement le retour du khilafa et déclarer la guerre au monde entier, ne résoudra malheureusement pas la crise que vit le monde musulman, mais l’accentuera d’avantage, comme nous le voyons dès aujourd’hui.

Or pour en revenir au personnage de Jésus, il n’a pas rejoint les rangs des zélotes ni ne les a soutenus. Pourquoi le ferait-il demain ? Au contraire son message, au dire des spécialistes, s’est avant tout adressé au petit peuple, aux pécheurs, ceux-là même que les néo-zélotes d’aujourd’hui sont si prompts à crucifier, à lapider, ou à décapiter. Donc, notre attitude vis-à-vis de ces groupes violents ou hyper-violents doit être celle décrite dans cette parole apocryphe d’Ali – Qu’Allah lui accorde entière satisfaction - : « Lorsque vous verrez apparaître les étendards noirs, demeurez là où vous serez, ne bougez pas d’un pouce (dans leur direction), ni d’un pas, apparaîtront des gens opprimés, qui ne paient pas de mine, aux cœurs durs comme le fer, ils se revendiqueront de l’Etat (dawla). Ils ne tiennent ni engagement ni traité. Ils appellent à la vérité/justice sans en être eux-mêmes des représentants. Leurs prénoms ne sont que des kounyas (Abou Foulan…) et leurs noms des noms de ville. Ils laissent pousser leurs cheveux à la manière des femmes. Ils ne cesseront de se diviser (diverger), jusqu’à ce qu’Allah donne (le sceptre) de la vérité/justice à qui Il veut ».

Note : La chaîne de ce hadith attribué à Ali est contestée par les spécialistes, la plupart la jugeant extrêmement faible. En analysant les arguments utilisés pour invalider la chaîne de transmetteurs nous remarquons qu’Ibn Lahiy’a qui rapporte cette parole était d’abord considéré comme fiable par un grand groupe d’imams, jusqu’à la dernière partie de sa vie où l’on cessa de le considérer en raison d’erreurs fréquentes qu’il faisait. Cependant Ibn Rajab dit que l’on peut parfaitement se fier aux hadiths qu’Ibn Lahiy’a a rapporté avant de se tromper. Nous ne savons pas, pour notre part, à quel moment Ibn Lahiy’a a rapporté cette parole, du temps où il était rigoureux ou par la suite ? Il y a cependant une probabilité relativement forte pour que ce hadith ait été rapporté par lui alors qu’il était une référence. Par ailleurs, l’un des maillons de la chaîne de transmetteurs, cité par Ibn Lahiy’a, Abou Rouman, n’est connu que pour rapporter ce seul hadith, autre argument de la faiblesse de sa chaîne. Pour autant, Ibn Moundah, dont Al Dahabi fait l’éloge, citant qu’il était une grande référence dans le hadith et un grand cheikh, évoque Abou Rouman en disant qu’il avait étudié auprès d’Ali et avait rapporté de lui les hadiths au sujet des épreuves de la fin des temps. Nous voyons donc que les arguments de discussion autour de la chaîne de ce hadith sont eux-mêmes discutables, et qu’il y a des questions à se poser sur le fait de voir certains le rejeter purement et simplement, en le qualifiant de faux, alors qu’il y a une probabilité d’au moins 50% que sa chaîne soit fiable et que son sens nous interroge ou devrait nous interroger tant il fait penser à l’actualité que nous vivons.

 

Les sectes juives antiques : Sadducéens, Esséniens, et courant Alexandrin

Détestés des Pharisiens et des Zélotes, qui les détestent en retour, « les Sadducéens », nous dit Simon, représente une certaine « aristocratie » religieuse, « assez hautaine et fermée », « ayant eu peu de contact avec le peuple et peu d’influence sur lui ». Les Sadducéens sont « hostiles à tout mouvement subversif à l’ordre établi – en l’occurrence romain – qui garantit leurs propres intérêts » (p.23). Il semblerait également, que ce dernier courant, se soit égaré au niveau dogmatique, niant la résurrection et le jugement Dernier. Ils sont donc les religieux nommés par Rome, pour en servir les intérêts et adapter la religion aux caprices des païens. Existe-t-il des Sadducéens aujourd’hui ? Certainement. L’opportunisme demeure malheureusement une maladie dont souffre certains religieux.

Les Esséniens sont des mystiques, des spirituels. Ils pratiquent « l’exégèse allégorique » et auraient été des « spécialistes de morale, théorique et appliquée » (p.67). Ils sont des ascètes, le plus souvent pacifiques, qui vivent « en confrérie », dans « des espèces de bourgades » ou bien en « petits groupes » au sein des villes (p.56). Les Esséniens suivent une voie initiatique, avec des rites d’entrée dans le groupe, le port d’un vêtement de lin blanc, et mettent l’accent sur la dimension spirituelle et profonde des commandements Divins. Beaucoup, parmi lesquels Simon, ont souligné les similitudes dans la prédication et le mode de vie de Jésus et de Jean (Yahya) avec le discours et les rituels esséniens. C’est d’ailleurs dans ce dernier groupe que les deux prophètes cousins auraient fait le plus d’adeptes. Nous voyons, et Allah est plus savant, que dans certaines pratiques soufies, fidèles à la tradition prophétique, il y a une résurgence de l’essénisme ; ainsi que dans le choix d’une vie en retrait en mettant l’accent sur l’ascétisme et le scrupule.

Le dernier courant de pensée des Juifs antiques que nous avons voulu d’aborder est celui qui s’est développé à Alexandrie, en Égypte, c’est-à-dire en exil dans une terre gouvernée par la philosophie et les principes Grecs. C’est là « qu’un effort délibéré » a été mené pour réaliser une espèce de synthèse entre la Révélation et la philosophie grecque. Une version traduite et adaptée des Anciens Testaments présente les textes de telle sorte à ce qu’ils puissent être acceptés « des païens en mal de vérité » (p.96). Un certain Philon d’Alexandrie, contemporain de Jésus, deviendra le chef de file de ce courant. « Juif hellénisé », « croyant et pratiquant », Philon est versé dans la Loi révélée, qu’il pratique « strictement », et dont il voudra absolument prouver la vocation universelle. Utilisant souvent la méthode d’interprétation allégorique, Philon tentera autant que faire se peut de démontrer, aux Grecs, l’adéquation entre la Loi révélée et leur propre philosophie. Il développera sa propre doctrine, sorte de « réforme radicale » dans l’approche du dogme juif, autour du concept du Logos. Il sera le porte-parole de ses coreligionnaires de l’exil (immigrés) et de leur religion auprès des personnalités politiques de cette époque. Philon d’Alexandrie aura accompli plusieurs pèlerinages à Jérusalem du temps de Jésus mais ne le mentionnera même pas. Il serait possiblement « passé à côté » de sa prédication.

Finalement l’impact de la pensée Philonienne sera quasi-nul, et sur les Grecs qu’il aurait voulu convertir, et sur les Juifs qu’il aurait voulu réformer pour leur faire adopter le mode de pensée grecque. Comble de l’ironie, son système philosophique servira en fait à la construction du christianisme occidental, syncrétisme du monothéisme juif et du paganisme romain !

Si l’approche allégorique paraît avoir été un choix judicieux dans cette époque dominée par un littéralisme falsificateur, nous voyons que la « réforme » ne peut être appliquée depuis la périphérie du monde de la foi, ni ne doit être pensée à partir de philosophies étrangères à la foi pour s’accommoder aux principes de la civilisation dominante. La preuve en est qu’Allah a envoyé Jésus au cœur du monde de la foi et non dans sa périphérie. Il lui a par ailleurs prescrit de prêcher les croyants, et non les païens, à partir de la révélation, et de rien d’autre.

Nous savons enfin, d’après les hadiths eschatologiques, que la « réforme » et le « renouveau » de l’Islam ne viendront pas de sa périphérie mais de « son sein » puisque Jésus « atterrira » dans une mosquée entre Damas et Jérusalem, que l’Imam Al Mahdi, Mohammad Ibn Abdillah, se révèlera à l’angle de la Kaaba et que le groupe victorieux sortira de Médine.

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