Cheikh Khaled Bentounes, dans cet ouvrage profond, nous invite à revisiter notre compréhension de la spiritualité en proposant une "thérapie de l'âme" destinée à guérir les blessures d'une humanité égarée.
L'homme : entre deux mondes
Partant de la définition de Rûmi, l'homme est un "isthme entre la lumière et l'obscurité" – un être mixte oscillant entre l'aspiration spirituelle et les désirs de l'ego. C'est dans cette tension même que réside notre humanité. Paradoxalement, plus nous avançons spirituellement, plus nos ombres intérieures se révèlent. Cette révélation, loin d'être punitive, constitue une divine miséricorde nous protégeant d'une lumière trop aveuglante.
La spiritualité au-delà de l'érudition
L'auteur souligne que la connaissance spirituelle n'est pas académique. Le prophète Muhammad, qualifié d'ummi (illettré), incarnait cette vérité : la sagesse véritable transcende les livres. Nous naissons tels des graines portant une information innée, mais c'est par la relation avec autrui – ami ou ennemi – que nous développons notre conscience. Même un fœtus ressent les émotions maternelles.
Deux voies complémentaires : fikr et dhikr
La réflexion (fikr) et l'invocation (dhikr) constituent les deux sentiers du sacré, essentiels pour restaurer notre lien avec la dimension spirituelle unifiante.
De la religion à la spiritualité
Bentounes dénonce fermement la subversion de la religion. À l'origine, le message divin était universel et simple. Progressivement, rivalités politiques et querelles doctrinales l'ont dénaturé. L'islamisme moderne représente une inversion dangereuse : substituant au cheminement spirituel personnel une obéissance aveugle qui paralyse l'esprit critique et instille culpabilité et peur.
Le légalisme religieux vide la foi de son sens. Transformer le Coran en constitution politique est une aberration : l'islam originel visait l'excellence de l'être, non la domination politique.
La greffe spirituelle : une transmission perdue
La rencontre avec un maître spirituel opère comme une "greffe" – une transmission cœur à cœur du disciple au maître, par la présence physique et l'initiation. Cette notion, devenue incompréhensible, symbolise la perte de l'âme même de la civilisation musulmane.
L'état de l'âme collective
Comme le nazisme reflétait les obscurités de l'âme collective allemande, la crise actuelle de l'islam révèle une pathologie collective. Endoctrinement médiatique, politisation de concepts spirituels (comme l'umma) – tout concourt à occulter le message tolérant et universaliste du Coran.
Retrouver le langage universel
Quand "l'alchimie du vivant" s'opère, création et scientificité deviennent symphonie. Reconnaître la vie en chaque être – comme Salomon avec la fourmi – permet d'accéder au "langage des oiseaux", cet idiome universel de la création, source de paix et de joie.
Mourir pour renaître
La transformation spirituelle exige de "mourir à l'acquis" pour laisser renaître l'inné. Sans anéantissement des passions négatives de l'ego, aucune renaissance n'est possible. Le Vivant (Allah) nous accompagne constamment, guidant nos pas, pourvoyant à nos besoins matériels et spirituels.
La présence divine au-delà de la dualité
Le verset "Je suis avec vous où que vous soyez" ne signifie pas une présence lointaine mais une omniscience. Chercher Dieu crée de la dualité ; il faut plutôt purifier notre imagination qui devient sa "demeure".
Les sens au service du divin
Nous devrions considérer les sens non comme des obstacles mais comme la première voie d'accès au divin. La Charia ne doit pas être perçue comme contrainte restrictive, mais comme canalisation spirituelle de nos sens vers la subtilité.
L'adoration véritable
L'adoration est sublimation de l'amour : aimer sans compter, infiniment. Malheureusement, beaucoup l'ont réduite au ritualisme et au formalisme. Cette perversion transforme l'amour en haine envers ceux qui adorent différemment, opposant religions entre elles au lieu de les unir.
Rappelons-le : aucune religion n'est née dans un lieu de culte, mais dans la solitude, la retraite et l'adoration pure. Les prophètes cherchaient à remplir leur cœur de lumière, non leur raison de doctrines opaques.
Un appel à la réconciliation
La conclusion propose une "thérapie de l'âme" suffie : réconciliation de l'homme avec son principe divin, avec lui-même, avec autrui et la création. Cette vision honore la liberté créatrice comme don divin, permettant à l'âme de se métamorphoser après s'être libérée de ses illusions – tel le papillon émergeant de sa chrysalide.
Message fondamental : retrouver l'essence spirituelle de la foi, au-delà des dogmes et des institutions, pour une humanité enfin réconciliée avec elle-même et le sacré.
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