Dieu – Allah – Exalté dit dans le Coran : « O croyants ! Le jeûne vous a été prescrit comme il le fut à ceux qui vous précédèrent, ainsi atteindrez-vous la piété (...) Le mois de Ramadan est celui au cours duquel le Coran a été descendu [révélé] comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d'entre vous est témoin (chahida) de ce mois, qu’il jeûne ! [2;183-185].
Par ce verset, Dieu prescrit (kataba) aux croyants musulmans un trentême, une période de jeûne et d’abstinence durant le neuvième mois du calendrier lunaire : « Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes - Dis: "Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le pèlerinage » [2;189].
Le Coran n’indique pas de moyen de détermination mais se contente de dire « quiconque d'entre vous est témoin (chahida) de ce mois, qu’il jeûne », précisant dans le même passage que « Dieu veut pour vous la facilité et non la difficulté ».
Le jeûne est un des grands rites de l’islam, l’un de ses « piliers », comme le rapporte Ibn Omar : « L’islam est fondé sur 5 rituels : l’attestation de l’Unicité Divine et de la prophétie Mohammadienne, la prière quotidienne, donner l’aumône purificatrice, le pèlerinage et le jeûne du Ramadan » [Al Boukhari & Muslim].
Les rites constituent ce qu’on appelle communément une religion. Religion, en français, vient du latin religare qui signifie « relier », « rassembler », et c’est bien là, l’un des objectifs des religions : relier dans une pratique commune, les adeptes d’un même message, comme l’affirme le Coran : « Et cramponnez-vous tous ensemble à la corde tendue de Dieu et ne soyez pas divisés » [3;103]. C’est aussi pour cela, nous disent les juristes et les exégètes, que furent prescrit les rites de la prière en groupe, de la prière du vendredi, des prières des deux Aïds ou du pèlerinage. En théorie, une religion ne devrait pas se vivre seule – même si en pratique cela peut parfois s’imposer – et doit être un moyen de rassembler, de produire de la cohésion sociale ou au moins communautaire.
La division est au contraire condamnée et interdite – si on veut prendre un terme légaliste – dans le verset suscité et d’autres.
Cela étant, chaque année, les musulmans exposent aux yeux de tous leurs divisions, leurs querelles internes, la justifiant par une plus grande fidélité au fiqh par rapport aux autres, quitte à aller à l’encontre du Coran qui n’a exigé aucun moyen particulier de détermination du mois, qui nous a demandé d’être unis, et nous a interdits de nous diviser...
D’où vient ce problème apparent ? – car nous ne parlerons pas ici des causes cachées, du sectarisme et du culte de l’égo. Sur la base de quel argument justifie-t-on cette anarchie et ce chaos, qui déroutent les croyants sincères et confirment les détracteurs de l’islam ou des religions dans leur athéisme ou agnosticisme ?
On rapporte en effet que l’Envoyé de Dieu, Mohammad – puisse Dieu et ses Anges le bénir ainsi que sa famille – a dit : « Jeûnez lorsque vous la voyez (la nouvelle lune du neuvième mois), et cessez de jeûner lorsque vous la voyez (la nouvelle lune du dixième mois) ». Ce hadith se retrouve avec quelques variantes principales qui évoquent que faire si la météo empêche de voir la lune à savoir : ne pas démarrer le jeûne sans certitude, et ne pas l’interrompre non plus sans certitude. Dans les deux cas, il s’agit de « laisser tomber le doute pour la certitude ». Ceci est d’ailleurs un des grands principes du fiqh, du droit canon islamique, et qui tire toute sa légitimité du Coran : « Et la plupart d’entre eux ne suivent que conjecture. Mais, la conjecture ne sert à rien contre la vérité ! » [10 ;36].
Si nous résumons la situation, nous avons Dieu qui, dans le Coran, nous encourage très fortement à jeûner lorsqu’on a la certitude de démarrage du nouveau cycle lunaire, jusqu’à avoir la certitude du commencement du suivant, et nous ordonne également de nous unir et nous interdit la division, qui entraîne humiliation et malédictions ; et nous avons un hadith avec quelques variantes, rapportés dans les principaux recueils de hadiths sunnites, mais aussi chiites d’après Ali et Jaafar Al Saadiq, qui nous propose le moyen de la vision comme instrument de captation de la certitude ; et nous faisons de ce hadith, l’alibi pour nous opposer au Coran ?!
Reprenons avec plus de clarté. Mohammad Ibn Ismail Al Boukhari né en 810 de notre ère, soit 180 ans après la mort du Prophète – paix et salut sur lui – rapporte de Adam, qui rapporte de Chou’ba, qui rapporte de Mohammed Ibn Ziyad, qui dit « j’ai entendu Abou Hourayra dire : J’ai entendu le Prophète dire... à moins qu’il n’ait dit : J’ai entendu Abou Al Qasim dire.... »...
On a d’un côté des commandements clairs et explicites révélés par Dieu, et de l’autre une tradition rapportée sur 5 générations, par ceux, qui pour le commun des musulmans, ne sont que de parfaits inconnus, et dont les biographies, pour les connaisseurs, sont divergentes ; une tradition fusse-t-elle bien authentique, nous indique un moyen ; et cette tradition l’emporte sur la Parole Divine ?! Le moyen proposé l’emporte sur la Fin et l’objectif divin ?!
Rendez-vous compte. Si l’Imam Boukhari – que Dieu lui fasse miséricorde ! – a vu juste, et que les 4 personnes, qu’il n’a bien sûr pas connu directement, sauf Adam, étaient parfaitement intègres et fiables, peut-on quand même proposer de prendre une marge d’erreur ? L’un des rapporteurs lui-même indique douter de la parfaite transmission du hadith lorsqu’il dit « à moins qu’il n’ait dit Abou Al Qasim ». C’est important de le souligner. Un terme peut varier d’un rapporteur à un autre. Si on considère positivement qu’un être humain normal se trompe – « Tout être humain commet des erreurs » dit un autre hadith – et supposons à seulement 10% la probabilité qu’un des rapporteurs se trompe sur un terme par exemple. Avec 5 générations de rapporteurs, la probabilité statistique de fiabilité d’un hadith jugé Sahih/sain – pour reprendre une traduction correcte et juste du terme - est de 0,95 soit 60%. C’est déjà énorme d’un point de vue de textes historiques. Mais voilà que doit-on faire primer entre un hadith fiable à 60% et un texte dont on croit qu’il est d’origine divine et inchangé jusqu’à ce jour.
Et même si on croit, que la Sounnah est une deuxième révélation – deux cents ans après le Prophète – et qu’on considère comme tout à fait sûr et « authentique2 que le Prophète – paix et salut sur lui – ait dit : « Jeûnez lorsque vous la voyez », doit-on pour autant considérer la vision comme étant une fin en soi ? Ne devrait-on pas simplement considérer celle-ci comme le meilleur moyen de l’époque pour atteindre la certitude d’un fait ? Et si un moyen meilleur se présente, ne devrait-on pas appliquer le commandement coranique implicite de « laisser le doute pour la certitude » ?
Nous sommes nous d’ailleurs seulement interrogés sur ce que le Coran dit de la vision comme grand moyen d’atteindre la vérité ?
« Il y eut déjà pour vous un signe dans ces deux troupes qui s'affrontèrent : l'une combattait dans le sentier de Dieu ; et l'autre, était incroyante. Ces derniers voyaient de leurs propres yeux, deux fois plus nombreux qu'eux-mêmes. Or Dieu secourt qui Il veut de Son aide. Voilà bien là un exemple pour les doués de clairvoyance ! » [3;13].
Les gens clairvoyants (ouli al absar), doués d’une vision intérieure, ont compris en lisant ce verset, que l’œil et la vision ne sont pas une source fiable et indiscutable de garantie de la vérité. L’illusion optique existe. C’est d’ailleurs pour cela que le Coran et le fiqh réclame souvent plusieurs témoignages oculaires pour accréditer de la véracité d’un fait.
La vision dans le hadith considéré comme authentique n’est en soi que « le meilleur moyen » disponible à l’époque du Prophète, à Médine, et n’aurait jamais dû être considéré comme un but en soi.
Cela dit, nous sommes arrivés dans une époque où le savoir est à la portée de tous. Les derniers d’entre nous maîtrisent les tables de multiplication, manipulent les chiffres, les ordinateurs, les programmes et l’intelligence artificielles. Cela fait plusieurs décennies que l’on connait avec exactitude et certitude les vitesses de rotation et les trajectoires de notre planète, de son satellite lunaire et du soleil. Ces « calculs » dont nous parlait déjà le Coran il y a quatorze siècles : « Le soleil et la Lune avec calcul (bi housban) » [55;5].
Nous savons avec une absolue certitude la date, l’heure, la minute, et la seconde d’apparition de la nouvelle lune. On savait depuis déjà dix ans, et plus, que la nouvelle lune de février 2026, marquant l’entrée dans le mois du Ramadan 1447, apparaîtrait avec certitude le mardi 17 février à 13h01. Pourquoi diable – et l’expression est voulue – en sachant cela, pourrais-je alors 40 heures pour commencer à jeûner et à m’abstenir pour Dieu ?! Parce que je dois calculer non plus la vérité d’un fait indéniable, un Yaqin, mais parce que je dois, par un littéralisme insultant pour la raison que le Coran honore, vis-à-vis d’une tradition postérieure, « calculer la probabilité d’une potentialité de vision ».
On laisse un fait avéré, sûr, certain, vérifiable, non discutable, pour aller chercher une probabilité de possibilité ! On laisse le Yaqin pour la Dhan, la certitude pour la conjecture, le Coran, pour la tradition... et finalement Dieu pour les clergés religieux et leurs sponsors politiques !
Voyez-donc ce que vous avez fait de votre islam, ô musulmans ! « Mais ils se sont divisés en sectes, chaque secte exultant ce qu’elle détenait »... [23;53]. Voyez-donc, leaders religieux auto-proclamés, comment vous imposez la difficulté à vos fidèles au lieu de la facilité voulue par Dieu ! Voyez comme vous rendez ridicules votre religion aux yeux des non-musulmans, en faisant honte aux musulmans eux-mêmes, incapables de planifier leurs congés pour les fêtes de l’aïd, propageant la division au sein même des foyers entre les pères et leurs fils ! Honte à vous pour ce que vous avez avilis la raison que Dieu honore partout dans le Coran, faisant de vos disciples des imitateurs fanatiques !
Puisse Dieu apporter à l’islam et à l’humanité la nouvelle lune qui marquera la rupture (iftar) avec toutes ces inepties religieuses dont Dieu et son Prophète sont innocents. Allahuma amine !
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